Pour un monde qui ne court pas à sa faim : transformons nos modes de production, d’échanges et de consommation !

Sanitaire, mais aussi financière, économique, énergétique, alimentaire… la crise du Covid-19 sonne comme un signal d’alarme. Si nous voulons résister aux crises à venir, et notamment climatique, il est urgent de construire une nouvelle société, plus juste, plus solidaire et plus durable. Pour cela, l’engagement de tou.te.s les acteur.rice.s est indispensable : pouvoirs publics, entreprises, agriculteur.rice.s, consommateur.rice.s… Dans le monde d’après, notre priorité collective doit être de prendre soin de ceux et celles qui nous nourrissent au quotidien. Il est essentiel de revaloriser les agriculteur.rice.s, du Nord, comme du Sud. L’un des enjeux est de rendre obligatoire la notion de prix minimum et rémunérateur dans toutes les filières agricoles, fixé au-dessus des coûts de production et incluant un panier de biens essentiels, comme le logement, l’éducation, l’alimentation, la santé. Il faudra aussi pouvoir s’appuyer sur une nouvelle économie à impact positif pour tou.te.s. Pour cela, des relations commerciales équilibrées et de longue durée avec des entreprises responsables et engagées doivent devenir la règle, et non plus l’exception. Enfin, arrêtons la course au pouvoir d’achat. Dans le monde d’après, accentuons le pouvoir de nos achats. Pour un monde équitable, nous consommateur.rice.s pouvons changer collectivement nos comportements individuels. En privilégiant les produits équitables, bio, locaux… nous faisons un choix qui a du poids !

Un commerce équitable dispose de tous les outils pour construire cette transition qui s’impose ! C’est un modèle alternatif socialement responsable, écologiquement durable et économiquement viable.


Position d’un mouvement de consommateur.rice.s en pleine crise du covid-19

La crise du COVID-19 jette une lumière brutale sur les vulnérabilités de notre société globalisée. Initialement sanitaire, la voilà financière, économique, énergétique, alimentaire… elle touche l’ensemble des populations de la planète avec un impact démultiplié sur les plus démunis.

Cette crise globale sonne comme un signal d’alarme : il est urgent de reconstruire une nouvelle société, résistante aux crises à venir. Par le passé déjà, les crises majeures ont été l’occasion de repenser un système défectueux. Nous n’avons pas le choix : nous devons mettre en œuvre une économie plus juste, basée sur des modes de production, d’échanges, de consommation résilients. Le commerce équitable est le modèle alternatif le plus à même de nous guider dans la transition qui s’impose. Socialement responsable, écologiquement durable et économiquement viable, ses outils ont fait leurs preuves dans le monde, comme en France. La feuille de route est prête. Aujourd’hui, plus que jamais, les cartes peuvent être redistribuées : à nous tous et toutes de jouer pour exiger des règles justes, équitables et durables pour tou.te.s.

Revaloriser ceux et celles qui nous nourrissent, du Nord au Sud

Si cette pandémie révèle l’importance vitale de la profession d’agriculteur.rice.s, elle met également en lumière la fragilité de ce métier dans le monde, face à de telles crises. En France, nos 450 000 agriculteur.rice.s ont continué à alimenter le pays. De même les pays du Sud, qui nous fournissent en denrées plus exotiques mais essentielles dans ces temps difficiles : le café, le thé, le cacao. En première ligne, ils et elles ont tenu malgré la crise de l’agriculture mondiale : sous-payé.e.s, contraint.e.s d’accepter des règles incontrôlées, les producteur.rice.s agricoles, péruviens, maliens ou français, manquent cruellement de soutien et de reconnaissance. La suite est connue : ils et elles quittent leur terre, changent de métier, leur part dans la population diminue. Or sans agriculteur.rice.s, le monde court à sa faim !

Notre priorité collective pour construire le monde d’après : prendre soin de ceux et celles qui nous nourrissent au quotidien. Dès aujourd’hui, des politiques publiques doivent être initiées pour valoriser ces métiers.  L’un des enjeux est de rendre obligatoire la notion de prix minimum et rémunérateur dans toutes les filières agricoles, fixé au-dessus des coûts de production et incluant un panier de biens essentiels, comme le logement, l’éducation, l’alimentation, la santé. Alors que les marchés financiers dictent les prix de nos matières premières, comme le café ou le blé,  ce prix rémunérateur garanti est le seul outil économique qui évite que les agriculteur.rice.s du Nord comme du Sud subissent de plein fouet les fluctuations des marchés et la volatilité des prix.  Dans de nombreux pays, la précarité et la pauvreté endémiques des producteur.rice.s, entretenues par le libre-échange, les placent dans une situation d’extrême vulnérabilité. Développer un commerce équitable en mettant en place un prix minimum garanti, quelles que soient les circonstances, permet de sécuriser les agriculteur-rice-s des aléas de la bourse. C’est un filet de sécurité indispensable.

Cette justice économique assumée sera la clé de la résilience et de l’adaptation aux crises futures, liées au réchauffement climatique. Car comment investir dans des modes de production résilients quand on n’a pas les moyens de vivre dignement ? Une juste rémunération permet aux producteur.rice.s d’investir dans ces modes de production comme l’agro-écologie, l’agroforesterie, ou la bio. On le sait, le respect de la biodiversité et les techniques agricoles alternatives seront des atout majeurs contre les prochaines crises. A l’instar des standards et programmes d’accompagnement du commerce équitable, qui encouragent les agriculteur.rice.s et leurs communautés locales à être mesuré.e.s et à vivre en harmonie avec les écosystèmes, il sera essentiel de prendre des mesures de soutien et d’accompagnement à une agriculture qui prend soin de la terre et qui se met au service de son territoire.

Toutes les agricultures ne se valent pas. Le lien entre les modes de production et la pollution de l’air a été démontré. En charge de 30% des terres cultivées mondiales, l’agriculture paysanne nourrit les 2/3 de la population du globe. Elle se démarque aujourd’hui clairement de l’agro-industrie, dans son rôle vital de proximité et dans la souveraineté alimentaire des pays. Pour alimenter nos pays, il faudra compter sur de nombreuses exploitations, travaillant sur des petites surfaces, respectant une diversité de cultures, capables de s’unir en coopératives au service des besoins de leurs communautés (et pas au-delà), et grâce au collectif, de faire du volume suffisant pour alimenter les populations locales. Les amap et les circuits courts ont prouvé un rôle déterminant dans la crise. Il en va de même des filières équitables françaises, qui structurent la relation directe à l’échelle nationale et qui se développent de plus en plus, avec l’appui des acteurs du bio et du local, offrant une nouvelle forme d’échange commercial.

Si une grande partie de notre production agricole doit être relocalisée, refusons le repli sur nous-mêmes. Plus que jamais, il nous faut penser notre système d’échanges à l’aune de notre interdépendance planétaire et valoriser les solidarités locales, nationales et internationales. Il serait dangereux d’opposer des agriculteur-rice-s sur le seul critère géographique. Le critère du monde d’après est l’impact social et environnemental. Nous le voyons avec un virus : sans équité, coopération, partenariat, solidarité, il nous est impossible de faire société et au-delà, humanité. En cessant subitement nos activités le 17 mars dernier, nous avons placé l’humain, sa santé, avant l’économie. Il est temps d’en tirer les leçons pour construire, dans le monde d’après, un modèle économique dans lequel l’humain et la planète passent en priorité.

Pour une nouvelle économie à impact positif pour tou.te.s

Imaginons une autre forme de réflexion et d’action globale ! La mondialisation d’aujourd’hui est inique et nos échanges commerciaux internationaux alimentent de nombreuses inégalités. Dans les filières agricoles, les acteurs de l’aval captent une part énorme de la valeur et ne laissent aux agriculteur-rice-s que les miettes. Pour rappel, 10% des personnes le plus riches captent 50 % des richesses mondiales. La crise de 2008 a renforcé cette donnée. Cela ne peut plus durer !

Si nous voulons une économie sereine, assurant un avenir commun à l’ensemble de l’Humanité, garantir une redistribution équitable de la richesse et des profits au service du plus grand nombre est indispensable. Les entreprises sont au cœur de cette transformation. Comme le présente le préambule de la Charte internationale pour un commerce équitable en 2018, elles « doivent viser des modes de production et d’échange plaçant l’Homme et l’environnement avant la recherche de profit financier ». Aujourd’hui, l’économie sociale et solidaire prouve qu’il est possible faire de l’économie et du commerce en redistribuant, en faisant participer, en visant un bien-être collectif. Pourquoi pas toutes les entreprises demain ?

Pour cela encore, un commerce équitable offre plusieurs outils, applicables rapidement, qui produisent de l’impact positif :

–        soutenir l’effort collectif, grâce à une  prime spécifique, versée en plus par l’acheteur. Elle permet, même en France, de s’organiser démocratiquement et localement, de ne pas dépendre du monopole des grands groupes et/ou des subventions, d’améliorer la production et la vie des agriculteur.rice.s. Au sud de la planète, les communautés locales bénéficient de moyens supplémentaires pour investir dans des secteurs vitaux et malheureusement défaillants : la santé, l’éducation, l’environnement…

–        La co-responsabilité à travers des contrats commerciaux de 3 ans minimum. S’engager sur la durée, c’est donner de la visibilité aux agriculteur.rice.s, leur permettre d’anticiper tout comme sécuriser des approvisionnements. A l’instar du modèle des amap, chacun doit s’engager à faire sa part également dans les chaînes plus longues. A ce jour, avoir un contrat est déjà un exploit !

–        L’obligation de transparence sur l’origine, les prix, les marges. Les entreprises engagées dans un commerce équitable en font leur spécificité, contrairement à celles du commerce conventionnel, qui ont toujours cultivé l’opacité.

Quand les entreprises s’engagent dans ce type d’actions, se mesure alors un véritable impact positif social. Dans le monde d’après, il ne s’agit plus de laisser les entreprises choisir le label RSE le moins exigeant ou de miser simplement sur la communication pour continuer à engranger des bénéfices. L’heure est à la vérité. Les entreprises doivent rendre des comptes aux citoyen.ne.s sur la façon dont elles contribuent au Bien commun et à l’intérêt général. Leur devoir de vigilance doit être élargi et approfondi. Cela avec le soutien de l’Etat qui peut décider de faire cesser des injustices criantes  comme la mise en concurrence de structures qui ont un impact sociétal fort avec celles qui mettent à mal l’avenir de l’humanité. Les acteurs économiques pollueurs restent encore trop souvent impunis quand les acteurs à impact positif ne s’appuient que sur la reconnaissance heureuse des consommateur.rice.s.

Pour un monde équitable, changeons collectivement nos comportements individuels

Il y aura un avant et un après. Plus durables, plus solidaires… cette crise sanitaire a fait évoluer nos habitudes alimentaires. Cette décélération forcée nous fait découvrir un autre mode de vie, plus sobre. Nous avons repris le temps de manger et cuisiner ensemble : nous avons renoué avec les principes de la Slowfood. Nous avons fait appel à nos agriculteur.rice.s de proximité pour être sûrs de ne manquer de rien. Nous avons pu compter sur les agriculteur.rice.s du Sud pour des produits plus lointains, qui font pourtant partie intégrante de notre patrimoine culinaire, comme le cacao et le café. Nous nous sommes sentis vulnérables en prenant de plein fouet que ce qui se passe chez notre voisin, même à l’autre bout du monde, peut nous concerner à un moment ou à un autre. Nous sommes nombreux à percevoir qu’acheter équitable, y compris à des agriculteur.rice.s à l’autre bout de la planète, est un moyen de préserver notre avenir commun et de sécuriser les ressources de notre alimentation. Peut-être nous sommes-nous questionnés sur nos besoins réels et notre relation à la surconsommation qui prend la forme parfois d’une consommation frénétique voire compulsive.

Dans l’ancien monde, la course au pouvoir d’achat. Dans le monde d’après, accentuons le pouvoir de nos achats.

Ce n’est peut-être pas qu’une tendance, en témoignent les chiffres 2019 sur le commerce équitable donnés par notre application partenaire Mylabel. Nous, consommateur.rice.s sommes appelé.e.s à consommer avec une conscience et responsabilité accrue. En privilégiant des modes de production bio et local, avec des échanges équitables, nous faisons individuellement un choix qui a du poids collectivement, qui décide de notre futur. Pour faire en sorte que nos velléités deviennent de vraies habitudes culturelles de consommation, l’éducation à d’autres pratiques sera une voie à développer et à soutenir.