Actualités Appel à actions S'informer

Quitte kat !

Nous allons vous raconter une histoire, celle d’une gaufrette chocolatée qui devient le symbole d’un retour en arrière. A l’heure où les citoyen.ne.s s’engagent pour protéger les agriculteur.rice.s français.e, où la société civile anticipe le monde d’après en réclamant plus de justice économique et environnementale… Nestlé semble faire un joli 180° et retourner sur le vieux modèle, soigner son image en maximisant ses profits. Au revoir l’engagement équitable, bonjour le fairwashing ?

Nestlé retombe toujours sur ses pattes : plus de profits, moins de responsabilités ?

 

L’annonce vient de tomber : à partir d’octobre, le groupe suisse emblématique de l’agroalimentaire cesse son partenariat avec le commerce équitable, incarné dans ce cas précis par Fairtrade/Max Havelaar sur un de ses produits-phare, la barre chocolatée Kit Kat fabriquée au Royaume-Uni. Un choc dans le monde du chocolat, puisque Nestlé s’était engagé depuis janvier 2010 en Côte d’Ivoire, à s’approvisionner en cacao de manière équitable. Pour les producteur.rice.s, il s’agit d’une catastrophe qui tombe au même moment qu’une crise historique pour le pays liée à l’épidémie de coronavirus.

Concrètement ça veut dire quoi quand une multinationale se désengage du commerce équitable ?

Cela veut dire moins d’argent pour les producteur.rice.s de cacao. Les fèves commerce équitable tant consommées représentaient environ 2 millions de livres par an et faisaient vivre 16 000 exploitations. Sans oublier qu’en plus de garantir un prix minimum rémunérateur, le label Fairtrade Max Havelaar reverse aux producteur.rice.s de cacao une prime au développement qui joue le rôle d’un véritable levier pour leur émancipation. Ils et elles décident, de manière démocratique au sein de la coopérative, de son utilisation : construction de pompe à eau, réalisation de formations, accès à l’éducation pour les enfants, meilleur accès aux soins, outil de production plus efficace pour la communauté, …

Dans le cadre du commerce équitable, les agriculteur.rice.s font partie du système. Chez Fairtrade/Max Havelaar par exemple, les producteur.rice.s représentent 50 % de la gouvernance. Quitter ce label, c’est basculer dans un nouveau système économique qui les laisse à l’écart.

photo d’Alexandre Brondino

Des adieux qui sèment le doute…

Une annonce surprenante de la part de Nestlé qui intervient au moment où la filière fonctionne très bien avec une production d’1 milliard de barres chocolatées par an. La multinationale a réalisé un profit de plus de 10 000 millions de dollars. Pourtant, elle préfère se tourner vers le label bien moins contraignant : Rainforest Alliance – Utz, qui n’exige aucun prix rémunérateur, aucun partenariat commercial équitable et ne se préoccupe pas des petits producteur.rice.s. Un bond de grenouille pour fuir ses responsabilités ? Officiellement, non, le groupe annonce qu’il continuera ses actions sur le terrain, mais dans le cadre de son programme RSE : cocoa plan. Des mots que l’on ne peut que croire sur parole… D’après les informations que nous avons sur le terrain (retrouvable dans notre livre sur les labels), nous avons des raisons de douter.  

Nous nous interrogeons sur ce changement d’engagement. Pourquoi se tourner vers un label qui favorise une agriculture productiviste notamment en rémunérant en fonction de la quantité, là où le label FairTrade/Max Havelaar achète le cacao pour le même prix, peu importe la taille de l’exploitation ? Pourquoi s’engager dans la voix d’un label qui n’apporte pas de stabilité face aux cours de la bourse, en appuyant ses prix sur le marché contrairement au label commerce équitable FairTrade/Max Havelaar ? Pourquoi partir avec un label moins exigeant tout en promettant de continuer les engagements à travers un programme interne ? Le commerce équitable est la seule alternative, par ses outils, qui ose parler de juste rémunération de producteur.rice.s. Si ce sont ces valeurs que vous voulez défendre Nestlé, prolongez votre engagement !

image réalisé par FAIR[e]

Changer l’histoire, faire de Kit Kat le symbole d’une transformation.

Alors que nous essayons de transformer les mentalités, que la société se tourne vers le « fait maison », le local, le zéro déchet, le bio… Nous sommes indigné.e.s de voir Nestlé prendre une telle décision. Nous pourrions imaginer que le groupe phare utilise son kit kat comme symbole d’une transformation sociale. S’approvisionner avec le plus d’ingrédients commerce équitable possible, utiliser des emballages compostables, des aliments bio. Si la compagnie suisse nous écoute, nous pouvons également lui conseiller d’améliorer la composition pour diminuer l’impact néfaste sur la santé. Pourquoi pas un « Kit Kat, savourons un nouveau monde » ?

Oui, l’histoire que nous vous racontons ici n’est pas finie et il ne tient qu’à nous d’en transformer la fin. Nous portons ensemble la plume de cette histoire et nous pouvons convaincre Nestlé  prolonger son engagement envers toujours plus de justice sociale, économique, environnementale. Comment ?  Une pétition est disponible ici pour les convaincre de rester dans le chemin de l’équitable.

Il est également toujours possible de modifier ses achats pour se tourner vers des produits réellement respectueux de l’environnement, des travailleur.euse.s et de notre santé…

Pour finir, nous appelons toutes celles et ceux qui le veulent à nous accompagner pour dénoncer ce choix sur les réseaux sociaux, voici ci-dessous quelques exemples d’interpellations. (Ces exemples sont en anglais, mais vous pouvez toujours tweeter en français).

Article écrit par Quentin HEIM de FAIR[e] un monde équitable.