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Café : sans prix juste, les producteurs boivent la tasse !

     Aujourd’hui, les cours de la Bourse fixent les prix du café, comme c’est le cas pour les autres filières agricoles. Du jour au lendemain, votre revenu en tant qu’agriculteur.rice peut être divisé ou multiplié. Conscients que cela ne colle pas avec un développement « durable », de plus en plus d’acteurs, comme l’Etat français lors des Etats Généraux de l’Alimentation, s’expriment sur la nécessité d’y remédier. Comment ? en fixant des prix justes et rémunérateurs, basés sur d’autres critères. Les marques et distributeurs ne sont pas en reste : à coup de publicité et marketing, ils multiplient les initiatives de « juste rémunération ». C’est à qui offre le prix le plus juste ! Pour cela, ils n’hésitent à s’entourer de labels toujours plus vert, toujours plus « fair ». Ceci avec pour objectif de prêts à s’attaquer plus ou moins au problème. Comment s’y retrouver ? Enquête au pays du prix sacrifié. 

     Si vous voulez comprendre les filières agricoles, prenez la filière café. Elle est celle qui crée le plus de valeur financière (après le pétrole…). Pourtant, les producteur.rice.s produisent à perte depuis plus de 2 ans (= en dessous de leur coût de production). Le prix fixé par la Bourse est non seulement en dessous du niveau de vie décent mais également de leurs coûts de production.

     La richesse est accaparée par les derniers maillons de la chaîne : Torréfacteurs – grandes marques et distributeurs. Pourtant à écouter les grands groupes, ils ont compris semble-t-il : Auchan communiquait fièrement à ses clients en janvier 2020 sur sa responsabilité, grâce à son chocolat certifié par Utz. D’autres marques comme Michel et Augustin se disent équitables en utilisant ces labels. La communication est sympathique sauf que d’après nos renseignements, les labels avec lequel ils s’engagent (qui a le vent en poupe dans la sphère des grands groupes) ne s’attaquent à la question du prix. 

Des labels dits durables tolérants à l’injustice économique ?

     Il n’existe pas de notion de prix minimum ou rémunérateur dans les standards des deux labels dits durables les plus réputés du milieu agricole mondial : Utz et Rainforest (fusionné depuis peu). Ils ne garantissent aucune remise en cause du pouvoir économique des acheteurs. C’est plutôt agréable pour eux. Côté producteur, être certifié Utz ou Rainforest ne change rien ou à peine : « La Bourse fixe le prix du café vert et tu ne négocies qu’un différentiel variable, sorte de prime qualité », explique un producteur de café. Cette « prime qualité » tourne autour de 5 cents en moyenne par livre, donnée en supplément du prix du marché. Est-elle suffisante pour aider les producteurs à vivre de leur travail ? Non, puisque cette prime suit de façon étroite les cours de la Bourse : s’ils sont hauts (souvent en cas de catastrophe environnementale, parfois sociale dans certaines parties du monde), tout va bien. Mais s’ils sont bas comme aujourd’hui, les prix Utz/Rainforest se retrouvent en-dessous des coûts de production. 

Au lieu d’agir pour une revalorisation et une régulation des prix agricoles, Utz/Rainforest préfère accompagner les producteur.rice.s sur 2 niveaux :  gagner en productivité ; gagner en volume. Ceci avec pour objectif de sécuriser les approvisionnements des multinationales afin d’atteindre le mass market. Le message au producteur est clair : pour gagner sa vie sur le marché, il faut faire de la qualité, qui sera rémunérée plus chère. Il faut faire surtout du volume, pour gagner plus en vendant plus et réduire les coûts. 

La plupart des grandes marques de nos placards utilisent ce label pour justifier de leur responsabilité sociale. Comment imaginer être responsable et durable en ne remettant pas en cause le système économique, source-même des déséquilibres sociaux mondiaux (pauvreté, maladies, analphabétisme, exode rural, …) et environnementaux ?

Sans prix juste, pas d’avenir pour le café !

     Les caféiculteurs ne souhaitent pas la charité. Pour permettre aux agriculteur.rice.s de vivre décemment, de rester sur leurs terres, de prévoir la vie de leurs enfants, il faut surtout les payer au juste prix et non leur construire des puits ou des routes.

Que doit comprendre un prix pour être durable ?

     S’affranchir de la Bourse pour fixer des prix, c’est possible ! Le label Fairtrade/Max Havelaar impose un prix minimum dans le café, fixé à 1,4 USD/livre de café. S’ajoutent la prime de développement de 0,20 USD/Livre versée à la coopérative par l’acheteur et la prime bio pour inciter à produire en bio. Et cela change beaucoup : au 4 mai, le prix du café était de 1,10 USD chez Utz/Rainforest, 1,60 en équitable et 1,90 en équitable et bio. Ce prix minimum, c’est le filet de sécurité qui extrait de cet enfer de la volatilité boursière. Imaginez votre paie mensuelle répartie en fluctuations journalières : un jour, c’est 10€, le lendemain, 12€, le surlendemain 8,5… « Avoir un prix minimum, ça change la mentalité des producteurs » témoigne un expert terrain de Malongo.

Ils prévoient leur avenir, et mettent en œuvre des techniques agricoles plus résilientes, comme l’agro-écologie ou la bio. Un prix équitable est la clé de la qualité de notre café. C’est ce que revendiquent les coffee shop mais c’est aussi le cas de marques engagées dans le commerce équitable comme Malongo, qui fixe ses prix à partir du prix minimum Fairtrade, préfinance les récoltes et agit avec les producteur.rice.s pour obtenir de meilleurs grains pour des consommateurs de plus en plus nombreux et exigeants. Toutes les marques aujourd’hui doivent faire un commerce au service de notre développement commun et non pas rechercher uniquement leur profit.

Arrêtons de mettre des pansements sur les problèmes quotidiens des agriculteurs. Exigeons la justice économique !

A nous de jouer en tant que consommateur.rice :

  • Non aux marques qui s’engagent avec de faux labels et qui nous prennent pour des consommateurs stupides avec leur publicité : rappelons-leur qu’on n’est pas dupes !
  • Oui les initiatives qui offrent une vraie alternative : le café commerce équitable est de ceux-là.

Il est temps d’avoir des entreprises courageuses, qui acceptent leur rôle social, en payant un prix juste, source de paix sur la planète.

La durabilité, c’est de mettre l’économie au service de l’humain.

Ce qui distingue le commerce équitable de Max Havelaar (et des autres labels de commerce équitable comme Fair for life, Biopartenaire, SPP, Agriéthique, WFTO) du commerce responsable dont parle Rainforest ?

Rainforest et Max havelaar sont deux associations qui gèrent un label. Pourtant ils prônent une vision du monde différente. L’un mise sur l’augmentation de la productivité, la réduction des coûts. La certification Rainforest Alliance aide les agriculteurs à produire de meilleures cultures, à s’adapter au changement climatique, à augmenter leur productivité et à réduire les coûts. Ces avantages fournissent aux entreprises un approvisionnement constant et sûr en produits certifiés.

L’autre se revendique issu d’une démarche collective et militante. Il a fondé le commerce équitable labellisé. Il s’agit d’un modèle d’économie éthique et responsable. Encadré par des cahiers des charges stricts, il est basé sur des modes de production, de commercialisation et de consommation qui contribuent au développement humain durable.

Sources des graphiques : Bourse de New York www.nasdaq.com; Cafés UTZ-Rainforest enquête FAIR[e] auprès d’acheteurs; Fairtrade Max Havelaar prix public sur www.fairtrade.net/standard/minimum-price-info