Témoignages

Commerce équitable et lutte des paysan-ne-s

En novembre 2016, Miguel Angel Munguia était l’un des producteurs invités lors du Fairtrade Tour 2016 co-organisé avec Max Havelaar France. Devant les publics de Lille, Toulouse et Bordeaux, il a témoigné de son expérience en tant qu’apiculteur et directeur d’une coopérative de production de miel certifiée bio et équitable située dans la péninsule du Yucatán au Mexique, mais aussi de la lutte qu’il mène dans sa région pour une agriculture tournée vers la production biologique et agro-écologique, refusant notamment la culture des OGM qu’a autorisé le gouvernement mexicain.

Créé il y a 19 ans, le réseau EDUCE, dont Miguel est le directeur, regroupe 23 coopératives rassemblant aujourd’hui 1 300 apiculteurs et apicultrices. Leur engagement dans le commerce équitable date d’avant même la création de FLO-Cert, l’organe indépendant de certification du label Fairtrade / Max Havelaar, dans les années 2000. Presque deux décennies plus tard, l’impact positif du commerce équitable est avéré pour les apiculteur-rice-s yucatèques. La prime de développement a notamment permis de proposer des formations aux certifications biologiques et équitables, d’investir dans de meilleures infrastructures en vue notamment d’améliorer la qualité de la production de miel, mais aussi d’apporter un revenu supplémentaire aux membres de la coopérative quand le prix du marché s’effondrait. La stabilité économique apportée par le commerce équitable a également permis à certains enfants de la communauté d’entrer à l’université. Des bourses ont également été attribuées pour la formation de jeunes leaders locaux. Le remplacement générationnel fonctionne d’autant plus que les jeunes diplômé-e-s font bénéficier la communauté de leurs connaissances techniques.

Cependant, ces bienfaits au niveau micro se heurtent parfois à un contexte national voir international qui dépasse les simples enjeux du commerce équitable : incarné par exemple dans l’octroi par le gouvernement mexicain d’un permis d’ensemencement de soja OGM à l’entreprise transnationale Monsanto, dont les risques sanitaires, écologiques et même économiques pour les petit-e-s producteur-rice-s et les apiculteur-rice-s, sont désormais avérés.

Depuis 2012, le rejet du soja OGM mobilise la société civile organisée, les acteur-rice-s locaux-ales jusqu’au gouvernement du Yucatán. À contre-courant de la politique productiviste et libre-échangiste du gouvernement mexicain, le gouvernement de l’État du Yucatán souhaite faire de sa région une zone vierge de toute culture agricole transgénique et un territoire en transition vers une production biologique et agro-écologique. Reconnaître une agriculture d’avenir, qui permet aux hommes et aux femmes de vivre durablement et en harmonie, une responsabilité prise par les autorités locales !

"MA OGM" : "Non aux OGM" en maya, à Oxkintok, site archéologique maya à l'Est de la Péninsule du Yucatán.

MA OGM (non aux OGM en maya), à Oxkintok, site archéologique maya à l’Est de la Péninsule du Yucatán

Lancée en 2012, une pétition a réuni plus de 2 400 signatures d’agriculteur-rice-s, apiculteur-rice-s, entrepreneur-e-s et institutions gouvernementales pour exiger du gouvernement fédéral qu’il respecte la décision du gouvernement du Yucatán. Des actions de médiatisation ont réuni de nombreux-euses acteur-rice-s et citoyen-ne-s mexicain-e-s, venu-e-s protester contre l’autorisation des OGM.

Touché par le témoignage de Miguel, le mouvement de citoyen-ne-s engagé-e-s FAIR[e] un monde équitable a rédigé une lettre de soutien au gouvernement du Yucatán, par laquelle nous assumons notre rôle de partenaire des producteurs-trices et travailleurs-euses qui font la promotion et mettent en œuvre une agriculture durable et juste. Vous pouvez retrouver la lettre ici !

Tout un symbole de lutte des populations indigènes pour la sauvegarde de leur patrimoine culturel et environnemental face à la toute-puissance des multinationales de l’industrie agro-alimentaire.

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