Interpellation

Contre-communication : réponse au fairwashing de Lavazza avec le Paris Café Festival

LAVAZZA AU SERVICE DE SA CROISSANCE ÉCONOMIQUE, PEU IMPORTE LES DÉGÂTS.

Jeudi 07 janvier 2021

Quentin HEIM œuvre au sein de FAIR[e] pour contrecarrer le fairwashing des marques qui tentent de se faire plus vertueuses qu’elles ne le sont. Il revient pour nous en détail sur la façon dont s’y prend Lavazza pour se garantir un bon enrichissement au détriment des territoires producteurs de café.

Bonjour Quentin HEIM. Vous vous occupez de la communication chez FAIR[e] un monde équitable et notamment des campagnes d’interpellation. Pouvez-vous nous en dire plus sur le contenu de vos missions et sur leurs objectifs ?

Bonjour ! Je travaille au siège de l’association, à Paris, en France, au département communication dont la mission est d’interpeller les acteurs sur leur fairwashing. En ce moment, nous avons lancé une campagne avec I-boycott pour pousser l’acteur Lavazza, qui se vante régulièrement de son comportement « vertueux », mais qui dans la pratique, est loin d’être une entreprise irréprochable. Pour mettre en avant cette campagne tout en contre-carrant la communication de Lavazza, nous réalisons diverses actions comme des vidéos, des visuels ou cet article qui est une parodie d’une vraie interview de Veronica Rossi disponible ici : https://www.pariscafefestival.com/Journal/December-2020/The-Lavazza-Foundation?lang=fr-FR&dm_i=5HX0,AX5L,27I8TK,18QUE,1

Lavazza dit que la question du développement durable occupe une place importante pour la compagnie, comme en témoigne la création de la Fondation Lavazza en 2004. En quoi ces discours sont à relativiser ?

La compagnie parle beaucoup et très bien. D’ailleurs, la campagne Good Morning Humanity est belle dans sa réalisation. Nous sommes fier.e.s de voir que les questions de l’écologie et la justice sociale sont chères à leurs yeux. Nous aimerions maintenant que ces discours se transforment en actes, ce qui passe par de la transparence et des engagements concrets.

Aujourd’hui, l’entreprise met en avant sa fondation. C’est sympathique, mais plus que de l’aide, nous voulons de la justice. Cela ne sert à rien de rémunérer une bouchée de pain les producteurs et productrices, pour leur faire des dons en passant par une fondation par la suite. Nous voulons que Lavazza paye dignement celles et ceux qui sont à l’origine de sa grande richesse. Nous exigeons que Lavazza paye au minimum 30% au-dessus des coûts de production le café importé.

Pour l’instant, Lavazza achète son café au prix du marché en profitant des effets de bourses pour l’obtenir le moins cher possible. Cette spéculation plonge les caféiculteurs et caféicultrice dans une grande détresse. Ce prix dérisoire a des multiples effets, excessivement négatifs.

L’entreprise répondra sûrement qu’elle s’est engagée avec le label UTZ/Rainforest Alliance pour certaines gammes. Le problème, c’est que ce n’est pas suffisant. Ce label repose principalement sur une logique productiviste, il accompagne les programmes RSE des multinationales. Il n’a pas d’outils économiques dans ses garanties. Comme l’explique l’article d’agrobiosciences.org, les audits, trop légers, n’arrivent souvent pas à garantir le respect du cahier des charges et nombreux sont les articles critiques que vous pourrez retrouver dans le milieu agronomique.
Quant à la question sociale, la question de la rémunération, ce label n’est pas convaincant. Voici ci-dessous une illustration qui explique simplement la situation. Bien qu’une légère prime soit appliquée en certificat UTZ/Rainforest Alliance, cela n’empêche pas une grande précarité voire des prix en dessous des coûts de production, lorsque le marché est trop bas.

Infographie réalisé par FAIR[e@ et Éclairage Public

Quels sont les dangers de cette faible rémunération, est-ce que vous pouvez développer cet aspect ? Avez-vous des solutions concrètes pour les éviter, afin d’éclairer ceux et celles qui nous lisent ?

Les faibles rémunérations du café entretiennent les producteur.rice.s dans la misère, ce qui plonge les États dans une grande précarité en les obligeant à prendre à leur charge, seuls, les structures collectives. Pour s’en sortir, les caféiculteur.rice.s surexploitent les sols et déforestent, puisque la productivité normale ne suffit plus. Ils et elles doivent trouver d’autres moyens pour s’enrichir. Une étude à montrer que la précarité dans le milieu du café pouvait pousser les producteur.rice.s à aller jusqu’à se lier à des trafiquants de drogue pour ne pas mourir de faim. Pour finir, certain.e.s fuient et migrent vers d’autres terres pour ne pas avoir recours à des pratiques qui les rebutent.

Pour éviter ces externalités négatives, il n’y a pas d’autre choix que de s’engager vers de véritables actes de justice économiques et sociaux. Cela passe par :

  • des certifications pour s’assurer que les cahiers des charges sont respectés ;
  • des contrats longs fixant les prix à l’avance sur 3 ans minimum ;
  • Un prix minimum garanti, pour être sûr que les humeurs d’un marché déchaîné ne rendent pas caduque un travail de plusieurs années ;
  • ou encore la mise en place d’une prime de développement pour faciliter le développement des infrastructures.  

Les autres actes, le recours à des fondations et de belles photos ne suffisent pas à dire que l’on participe à créer un monde plus juste.

Lecteur, lectrice, si tu veux nous aider à réveiller le monde du café pour qu’il change enfin ses pratiques, tu peux rejoindre notre campagne de boycott –> lien vers la plateforme.