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Pour un monde qui ne court pas à sa faim : notre position face à la crise du Covid-19

Si nous voulons résister aux crises à venir, il est urgent de construire une nouvelle société, basée sur des modes de production bio et agroécologiques, des échanges équitables et une consommation consciente. Produire en prenant soin des hommes, des femmes et de la planète c’est possible en appliquant les principes fondateurs d’un commerce équitable : prix rémunérateur garanti, relations commerciales équilibrées et de longue durée… Pouvoirs publics, entreprises, agriculteur.rice.s, consommateur.rice.s…, l’engagement de tou.te.s les acteur.rice.s est indispensable pour construire ensemble un monde d’après juste, solidaire et durable !

 Pour un monde qui ne court pas à sa faim : transformons nos modes de production, d’échanges et de consommation

Position d’un mouvement de consommateur.rice.s en pleine crise du covid-19

La crise du COVID-19 jette une lumière brutale sur les vulnérabilités de notre société globalisée. Initialement sanitaire, la voilà financière, économique, énergétique, alimentaire… Elle touche l’ensemble des populations de la planète, avec un impact démultiplié sur les plus démunis. Elle sonne comme un signal d’alarme : il est urgent de reconstruire une nouvelle société, résistante aux crises à venir.  Elle passera inévitablement par une économie plus juste, basée sur des modes de production bio et agro-écologiques, d’échanges équitables, de consommation consciente. Pour y parvenir, les outils du commerce équitable offrent une feuille de route à disposition de tou.te.s.

Du Nord au Sud, (re)valoriser celles-ceux qui nous nourrissent

Si cette pandémie révèle l’importance vitale de la profession d’agriculteur.rice.s, elle met également en lumière sa fragilité face à de telles crises. En France, nos 450 000 agriculteur.rice.s ont continué à alimenter le pays. De même les pays du Sud, qui nous fournissent en denrées plus exotiques essentielles pour chacun.e dans ces temps difficiles : le café, le thé, le cacao. En première ligne, ils et elles ont tenu malgré leur situation précaire : sous-payé.e.s, contraint.e.s d’accepter des règles incontrôlées, travaillant dans l’ombre, sans reconnaissance. La suite est connue : ils et elles quittent leur terre, changent de métier, leur part dans la population diminue. Or sans agriculteur.rice.s, le monde court à sa faim ! 

Dès aujourd’hui, des politiques publiques doivent valoriser ces métiers, en appliquant un critère du commerce équitable : rendre obligatoire la notion de prix minimum et rémunérateur dans les filières agricoles, fixé au-dessus des coûts de production, incluant un panier de biens essentiels, comme le logement, l’éducation, l’alimentation, la santé. Le prix rémunérateur garanti est le seul outil économique qui protège des fluctuations de prix de nos matières premières, dictées par les marchés financiers. Dans cette crise, il agit comme un filet de sécurité . Notre ennemi, c’est la précarité, qui n’a pas de frontières. Comment investir dans la transition, quand on n’a pas les moyens de vivre dignement ?

Nous ne sauverons pas notre planète avec la misère

La justice économique sera la clé de l’adaptation aux crises futures, de toute nature. Une juste rémunération permet aux agriculteur.rice.s d’investir dans des modes de production résilients, comme l’agro-écologie, l’agroforesterie, ou la bio. Les organisations de commerce équitable témoignent : pour produire sur le long terme, la clé est de vivre en harmonie avec la terre et la vie qui l’habite. Toutes les agricultures ne se valent pas. En charge de 30% des terres cultivées mondiales, l’agriculture paysanne est à l’origine de l’alimentation des 2/3 de la population du globe. C’est bien cette agriculture de proximité, qui tisse de vraies relations entre le territoire et ses habitants, qu’il nous faut promouvoir ensemble. En France et ailleurs, elle s’appuie sur des exploitations plus petites, diversifiées, au service des besoins de leurs communautés, dans un esprit de sobriété. Les AMAP et les circuits courts ont prouvé leurs rôles déterminants dans la crise pour assurer notre sécurité alimentaire. Si une grande partie de notre production agricole doit être relocalisée, attention au repli sur nous-mêmes. Le seul critère géographique ne tient pas : dans cette interdépendance planétaire, c’est la solidarité à tout niveau qui nous sauvera. Le monde d’après devra évaluer l’impact social et environnemental réellement positif pour tou.te.s.

Faire de l’équité un pilier de la nouvelle économie

10% des personnes les plus riches qui accaparent 50 % des richesses mondiales : cela ne sera plus possible. Une économie au service de l’Humanité ne se fera pas sans garantir une redistribution équitable de la richesse au profit de toutes et tous. Aujourd’hui, l’économie sociale et solidaire prouve qu’il est possible d’allier commerce avec redistribution, participation, bien-être collectif. La loi française sur le commerce équitable offre plusieurs outils, applicables rapidement, qui produisent de l’impact positif et qui s’appuient sur l’engagement des acteurs économiques :

  •  La co-responsabilité : des contrats commerciaux, sur 3 ans minimum, donnent aux agriculteur.rice.s une visibilité sur l’avenir et pour les acheteurs et les consommateurs, une sécurité sur les approvisionnements. Il s’agit d’un engagement de toutes les parties. 
  •  L’obligation de transparence sur l’origine, les prix, les marges. Les entreprises engagées dans un commerce équitable en font leur spécificité, contrairement à celles du commerce conventionnel, qui cultivent l’opacité. 
  • L’organisation collective et démocratique : une  part spécifique, versée en plus par l’acheteur, est réservée aux projets communs décidés par la communauté. Elle repose, en France et à l’international, sur une vie démocratique forte. Au sud de la planète, les communautés locales l’utilisent pour investir dans des secteurs vitaux malheureusement défaillants comme la santé, l’éducation, l’environnement… et construire une autonomie.

Mettre en place cette économie est possible : elle repose sur un engagement politique des acteurs économiques, qui retrouveraient ainsi leur rôle au service de l’intérêt général.

Pour accompagner de nouvelles habitudes alimentaires

Cette décélération forcée nous fait découvrir un autre mode de vie, plus sobre. Nous avons goûté au temps de manger et cuisiner ensemble et avons renoué avec les principes de la Slowfood. Et c’était bon ! Dans l’ancien monde, la course au pouvoir d’achat ; dans le monde d’après, nous devons aller encore plus loin dans le pouvoir de nos achats.  Nous, consommateur.rice.s, sommes appelé.e.s à prendre notre part de responsabilité de manière plus forte. En privilégiant des modes de production bio et locaux, avec des échanges équitables, nous faisons individuellement un choix qui a du poids collectivement, qui façonne notre futur. Pour faire en sorte que nos velléités par temps de crise deviennent de vraies habitudes culturelles, un plan national d’éducation à la consommation consciente et responsable, des jeunes aux moins jeunes, sera bienvenu.