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Equitable : demandons aux marques de jouer cartes sur table !

Secteur dynamique avec une croissance de 22% en 2018, le commerce équitable a la côte sur nos étals ! De la boisson chocolatée Michel et Augustin à la tablette de chocolat C’est qui le patron ?, de plus en plus d’entreprises et de marques surfent sur cette tendance et mettent en avant la mention « équitable » sur leurs produits. Le hic, c’est qu’elles ne respectent pas toujours les règles et principes du commerce équitable. Un décryptage s’impose.

La mention équitable et le piège du greenwashing…

Face à l’explosion des inégalités, au dérèglement climatique et à la perte de la biodiversité, les consommateur.rice.s sont de plus en plus nombreux.euses à prendre conscience de l’impact de leur consommation quotidienne sur la planète et sur les peuples. Ils.elles s’engagent pour un monde plus juste et durable en privilégiant, notamment, une consommation équitable et responsable. Une tendance qui n’a pas échappé aux marques, si bien que certaines d’entre elles souhaitent en tirer profit mais sans aucun investissement. Attention donc aux allégations trompeuses, n’est pas équitable qui veut ! Ne prenons pas pour argent comptant ce que les marques nous disent. 

Producteur.rice.s et consommateur.rice.s payent le  prix de ces allégations trompeuses !

L’utilisation abusive du terme équitable porte préjudice à tous les acteurs vraiment engagés dans une démarche de progrès ! C’est un manque total de transparence, pilier pourtant essentiel du commerce équitable. En effet, quand une marque affiche la mention « équitable » sur ses produits sans respecter les règles et principes du commerce équitable, elles trompent les consommateur.rice.s qui souhaitent consommer des produits plus justes et durables. Ces allégations trompeuses font donc une concurrence déloyale aux produits réellement issus du commerce équitable, ceux qui ont un impact positif sur les conditions de vie des producteur.rice.s et sur l’environnement ! Au bout du compte, ce sont donc aussi les producteur.rice.s qui trinquent.  Restons vigilant.e.s et demandons à toutes les entreprises et marques de prendre de vrais engagements pour plus de justice sociale et de justice climatique ! L’enjeu est capital : mettre fin à ce jeu de dupes qui ne profite qu’aux entreprises et aux marques non engagées.

Pour certains produits, il faut donc revoir la copie !

Une séance de révision s’impose pour les entreprises et les marques qui s’appuient sur les labels Rainforest Alliance et/ou UTZ. Et oui, car en utilisant ces labels pour qualifier leurs produits d’« équitables », elles font malheureusement fausse route ! Très appréciés des multinationales comme Lidl, Lavazza, Mcdonald’s…, ces labels affichent certes des dimensions sociale et environnementale, mais leurs exigences sont minimales et leurs résultats discutables. Bien loin de vouloir placer l’équité, la solidarité et le respect de l’environnement au cœur des marchés, ces labels sont tournés vers la réponse aux besoins d’un marché agroalimentaire mondialisé. Ils ont jusque-là peu démontré leur influence positive sur les conditions de vie des producteur.rice.s et même sur l’environnement. Sur la filière cacao par exemple, ces labels dits « durables » n’ont que peu d’impact sur la lutte contre la déforestation et contre le travail des enfants. En ce qui concerne le recours aux intrants chimiques, le nombre de traitements est le même que sur la filière conventionnelle* ! On est donc très loin des standards du commerce équitable ! Par ailleurs, ces labels n’ont pas pour but de mettre fin aux pratiques commerciales déloyales des entreprises, ni de remettre en cause le rapport de force entre fournisseur et acheteur dans les filières

Pour ce qui est des entreprises et des marques qui s’auto-déclarent « équitable » en communiquant sur un prix juste payé aux producteur.rice.s, un approfondissement des connaissances est nécessaire. Si les démarches sont parfois intéressantes, elles passent à côté de certains aspects clefs du commerce équitable : des relations commerciales transparentes et équilibrées et le versement d’une prime aux projets collectifs, par exemple.


* La face cachée du cacao, étude du Basic, 2016

Une solution : opter pour la labellisation vraiment équitable !

Bonne nouvelle, pour garantir le respect des engagements du commerce équitable il existe de vrais labels ! En France, on en trouve six : Max Havelaar France, World Fair Trade Organization (WFTO), Biopartenaire, SPP France – Symbole des Producteurs Paysans, Fair for Life – fair trade & responsible supply chains, Agri-Éthique.

Marques collectives, ces labels reposent sur un cahier des charges ou un référentiel rigoureux dont le respect est contrôlé par un organisme extérieur. Ils sont les seuls qui permettent de s’assurer du respect des six critères du commerce équitable inscrits dans la loi ESS de 2014 à savoir :

  1. Une organisation des producteur.rice.s dans des structures à gouvernance démocratique
  2. Un engagement commercial pluriannuel (3 ans)
  3. Un prix rémunérateur établi sur la base de l’identification des coûts de production et une négociation équilibrée
  4. Un montant supplémentaire destiné au financement de projets collectifs visant le renforcement de capacité et l’autonomisation des producteur.rice.s
  5. La traçabilité des filières et la transparence vis-à-vis des consommateur.rice.s
  6. La sensibilisation et l’éducation des consommateur.rice.s aux modes de production et de consommation socialement et écologiquement durables

La combinaison de ces six critères permet d’améliorer la qualité de vie des producteur.rice.s et leur donne la possibilité d’investir dans des modes de production plus respectueux de leur écosystème et de s’adapter au dérèglement climatique. 

Parmi les entreprises engagées, on retrouve essentiellement des PME de l’économie sociale et solidaire. Mais aujourd’hui, même de grands groupes industriels commencent à s’investir pour des pratiques plus respectueuses des hommes et des femmes et de la planète. Monoprix a ainsi annoncé au printemps dernier que l’ensemble de ses tablettes de chocolat serait désormais labellisé Max Havelaar. Par ailleurs, la marque Les 2 Vaches du groupe Danone est labellisée Fair For Life depuis mars 2019. Un choix audacieux et précurseur au rayon produits laitiers ! Autre exemple, le groupe La Boulangère fait confiance à Agri Ethique France pour labelliser son blé français. 


Arrêtons de pénaliser les entreprises engagées !

Les allégations abusives sont un poids pour les entreprises qui font le choix de s’engager pleinement dans le commerce équitable. En optant pour une véritable labellisation, elles payent le prix de cette certification et s’engagent à verser une prime aux projets collectifs. Cette prime est un surplus versé par l’acheteur qui est la clé de la transformation collective des groupements ou des communautés pour innover pour l’environnement par exemple. En cherchant à concilier solidarité, utilité sociale et performance économique, ces entreprises contribuent au développement d’une économie plus juste et solidaire.  Il serait peut-être temps de soutenir cet engagement ?


A vos marques, prêts, partez : répertoriez avec nous les allégations trompeuses !

Pour rappel, depuis mai 2019 et l’article 173 de la loi PACTE, l’utilisation du terme « équitable » est encadrée par loi. Qu’ils soient étiquetés « commerce équitable » ou « équitable », tous les produits doivent respecter les six critères du commerce équitable comme énoncés dans l’article 94 de la loi ESS de 2014. Force est de constater que la réglementation n’est pas toujours respectée ! A nous de jouer pour débusquer les allégations abusives qui nuisent au développement d’un commerce plus juste, respectueux des hommes et des femmes et de la planète !

Rejoignez-nous et devenez fairhacker. Votre mission, si vous l’acceptez, est d’identifier les produits étiquetés « équitable » qui ne le devraient pas ! C’est simple ! Lorsque qu’au détour d’un rayon vous apercevez un de ces produits, interpellez les marques sur leurs réseaux sociaux (Twitter, Facebook) et/ou photographiez le produit de face et de dos et envoyez-nous le tout à stopallegations@faire-equitable.org.

Et n’hésitez pas à rejoindre le mouvement FAIR[e] un monde équitable !

Ensemble, mobilisons-nous pour des modes de production et de consommation plus responsables !