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Se repérer dans la jungle des labels

En l’absence de législation contraignante sur les modes de production et d’approvisionnement des fabricants et des magasins, régulation pour laquelle nous plaidons depuis de nombreuses années au niveau national, européen et international, des labels cherchent à répondre à ce besoin de traçabilité et de transparence. Fondés sur le respect des critères d’un cahier des charges et sur la réalisation de contrôles, ces labels sont un outil d’aide au choix pour les consommateur·rice·s. Mais aujourd’hui, il en existe beaucoup et il est parfois difficile de s’y retrouver ! Surtout que, face aux enjeux de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), les marques, contraintes d’améliorer leurs pratiques sociales et environnementales ou leur image, ont trouvé différentes réponses, plus ou moins exigeantes.

Les programmes des multinationales, aux logos spécifiques

Quelques programmes de marque

Certaines grandes entreprises ont créé leurs propres programmes d’approvisionnement, qu’elles gèrent elles-mêmes. C’est le cas de la majeure partie des fabricants de chocolats, comme Mondelez (Côte d’Or, Milka) avec Cocoa life, Nestlé avec Cocoa Plan, ou Lindt avec Farming Program.  Tels qu’ils sont présentés au public, ces programmes semblent avoir pour priorité d’améliorer les conditions de vie des produc-teur·rice·s locaux·ales. Les producteur·trice·s bénéficient en effet de formations agricoles et de création d’infrastructures comme des puits d’eau potable et des écoles. En réalité, ces programmes visent surtout à augmenter la productivité, à améliorer la qualité du produit et à préserver l’avenir de la production. Ils ne proposent pas de prix minimum garanti, ce qui permettrait de meilleurs revenus et une augmentation du niveau de vie. D’après l’étude La Face cachée du cacao (Le BASIC – 2016), les producteur·rice·s de cacao de Côte d’Ivoire travaillant avec ces marques vivent toujours en dessous du seuil de pauvreté.

Transparence et contrôle : ces programmes n’ont pas de certificateurs externes.

Les labels dits de développement durable

En pleine expansion, les labels Rainforest Alliance et UTZ sont les deux plus répandus et viennent d’annoncer leur fusion. Ils allient dimensions sociale et environnementale, tout en étant résolument tournés vers la réponse aux besoins d’un marché agroalimentaire mondialisé. Très appréciés des multinationales et des supermarchés dans le cadre de leur politique RSE, comme Lidl, Lavazza, Nescafé, Danone, Mcdonald’s, Unilever, Mars… ces labels ont jusque-là peu démontré leur influence positive sur les conditions de vie des produc-teur·rice·s et travailleur·euse·s et même sur l’environnement. Ils ont le mérite de rassembler des critères sociaux et environnementaux et de les rendre obligatoires pour la délivrance de  la certification mais ceux-ci sont souvent déjà contenus dans les législations internationale  et nationale. Les critères plus innovants sont non obligatoires jusqu’à présent. Quant au système de contrôle, ces modalités sont suffisamment flexibles pour permettre à des plantations de bananes et d’ananas, par exemple, d’obtenir la certification alors même que de graves violations des droits y sont dénoncées par les syndicats.

Enfin, ces labels n’ont pas pour but de modifier les pratiques des entreprises quant aux pratiques commerciales déloyales, ni de remettre en cause le rapport de force entre fournisseur et acheteur dans les filières. Ils s’adaptent aux conséquences des dérives du commerce mondial et n’agissent pas sur ses causes, tout en proposant des aliments et des boissons bon marché. Cette logique de bas prix contredit totalement l’effort d’amélioration de vie des producteur·rice·s !

D’où les études, dans le cadre des campagnes Le Juste Fruit ! et Caddi[E]thique, qui pointent du doigt le fait que les supermarchés et les marques y ont recours comme outil de marketing ou socialwashing, pour surfer sur l’envie de durabilité des consommateur·rice·s.

Dans la dernière étude café réalisée par le BASIC, les observations montrent bien que les exigences de ces labels ne sont pas à la hauteur de ce qu’ils prétendent et qu’ils peuvent s’améliorer. Prenons l’exemple de la Colombie cité dans cette étude. Rainforest sélectionne uniquement des exploitations intensives et de taille supérieur à la moyenne : ils s’inscrivent dans la logique du « produire plus pour gagner plus ». De plus, ils utilisent deux fois plus d’engrais chimique par rapport aux productions conventionnelles, alors même que la pollution au nitrate est un enjeu de taille pour le pays.

Transparence et contrôle : des contrôles externes sont obligatoires, mais avec une efficacité limitée.

Les labels de commerce équitable

Max Havelaar, Fair for life, World fair trade organization, Bio PartenaireLe Symbole des producteurs paysans, les labels de confiance.

Existant depuis 40 ans, le projet du commerce équitable part du principe que la relation avec les partenaires commerciaux doit être modifiée: elle doit tendre vers plus d’équité, c’est-à-dire un rééquilibrage du pouvoir, en remettant en cause la concentration du pouvoir économique entre les mains d’un petit nombre d’acteur·rice·s.

Les critères du commerce équitable impliquent donc des droits et des obligations pour les deux  parties : les producteur·rice·s et les acheteur·euse·s. Les labels de commerce équitable apportent des garanties en priorité aux petit·e·s  producteur·rice·s, tout en s’intéressant aussi aux tra-vailleur·euse·s de certaines filières historiquement organisées en plantations (thé, fleurs, banane). Le commerce  équitable constitue un filet de sécurité non négligeable pour les petit·e·s producteur·rice·s, en proposant un prix minimum garanti, qui ne dépend plus du cours de la bourse ou des marchés  internationaux.

Assurant une vraie autonomie face aux acheteur·euse·s, le commerce équitable, tel qu’il est garanti jusque-là par les 5 labels présents en France, permet d’entrevoir une solution aux problèmes de pauvre-té des petit·e·s producteur·rice·s et travailleur·euse·s.

Transparence et contrôle : les certificateurs sont pour tous externes et indépendants. Flocert, certificateur notamment du label Fairtrade  / Max Havelaar, est lui-même certifié ISO 17065, garantie transparence pour les labels.

Et le label Bio ?

Le label bio ne garantit pas le respect des droits des produc-teur·rice·s: ses critères n’intègrent ni prix minimum, ni dimension sociale. Toutefois, ses garanties environnementales ajoutent une forte complémentarité aux garanties de justice économique et sociale des labels de commerce équitable.

Les labellisations équitables ne garantissent pas que les produits sont issus de l’agriculture biologique… mais les produits équitables sont souvent bio. 

En  2016, 76% des produits issus du commerce équitable étaient également labellisés bio.

Des garanties aussi pour les produits français !

Depuis la loi sur l’économie sociale et solidaire de 2014, les critères du commerce équitable peuvent dorénavant s’appliquer sur des productions françaises (céréales,  lait, blé, lentilles, confitures, farine…).

Je les reconnais grâce aux labels Fair For life, AgriÉthique France et Bio Partenaire.

Mais aussi grâce à des démarches d’entreprises engagées et fiables comme Paysans d’ici d’Ethiquable ou Ensemble de Biocoop.

En France aussi, nous pouvons tou·te·s privilégier des filières durables et équitables !

 

Vous voulez toujours avoir ces informations avec vous ? Nous avons réalisé un guide en collaboration avec ActionAid que nous pouvons vous envoyer ! Demandez à mobilisation@faire-equitable.org 😉