Témoignages

L’avenir du chocolat, qu’en disent les productrices ?

Julienne Kouadio, productrice de cacao en Côte d’Ivoire, membre de la coopérative Capressa et de l’école du leadership des femmes, est venue témoigner de sa vie de femme dans la culture du cacao, métier de plus en plus dur du fait des dégâts causés par le changement climatique. Elle a fait le déplacement jusqu’en France pour rencontrer les consommateur.rice.s grâce à  FAIR[e] un monde équitable et Max Havelaar France lors des journées de formations et de sensibilisation au commerce équitable et espère ainsi faire changer notre consommation.

Bienvenue Julienne ! Un grand merci à toi d’être là pour partager ton expérience et répondre à nos questions. Tout d’abord, peux tu nous raconter ton parcours dans la production de cacao, jusqu’à aujourd’hui ?

Je n’ai pas toujours été dans le cacao, en fait, j’ai commencé par cultiver des aubergines et du piment pour le vendre au marché local, mais toute la région centrait sa production sur le cacao pour augmenter leurs revenus, j’ai donc ajouté le cacao à ma parcelle. J’ai commencé à exploiter mes terres, qui appartenaient à ma famille, en 2010, et j’ai rejoint la coopérative Capressa en 2012.

Capressa, c’est donc la coopérative certifiée Fair Trade/Max Havelaar depuis 2011. Peux-tu nous en dire plus sur celle-ci, vos conditions, vos engagements, l’aide qu’ils vous apportent etc. ?

Julienne lors de la journée form’action sur le commerce équitable

Mes conditions de travail se sont considérablement améliorées quand j’ai rejoint Capressa, nous sommes aujourd’hui presque deux mille producteur.trice.s, et la coopérative nous regroupe régulièrement pour des réunions d’informations et fait en sorte que tous y trouvent leur compte au sein de cette communauté. Chacun est libre de faire ce qu’il veut de sa production, du cacao qu’il veut cultiver, et l’on est assuré d’un revenu minimum, au cas où le cours de la valeur du cacao venait à chuter. En plus de cela, la coopérative se voit attribuer une prime au développement, qui permet de concrétiser des projets ou qui nous est directement reversé. La coopérative est aussi un lien avec des institutions beaucoup plus importantes, comme le Conseil Café et Cacao de Côte d’Ivoire ou le CNRA (Centre National de Recherche Agronomique et garant d’une production durable et de qualité) qui met à disposition de la coopérative des fèves cacao, qui poussent ensuite dans la pépinière de Capressa pour ainsi être redistribuer aux producteur·trice·s.

Avec le réchauffement climatique qui impacte l’agriculture du monde entier, ta production doit aussi être touchée par ce phénomène ?

La Côte d’Ivoire est un pays avec des saisons très différentes de celles que vous avez en France; nous avons la saison des pluies et la sécheresse. Depuis six ou sept ans, la pluviométrie de la région a énormément chuté, si bien que nos plants meurent, et bien sûr la production avec. Les cacaoyers ne supportent pas bien le soleil, ont besoin de beaucoup d’eau, et il nous est impossible de les irriguer et de les arroser. Nestlé a bien essayé de trouver une solution il y a quelques années en irriguant les sols de certains producteurs, mais ça ne sert à rien, l’arbre a besoin lui aussi d’être en contact avec de l’eau.

J’imagine que la coopérative fait en sorte de trouver des solutions pour vous aider à préserver au maximum vos plants. Leur aide est-elle efficace ?

Formation au commerce équitable à Nancy

Il y a trois ans, elle nous a fourni des arbres d’ombrages, ils sont efficaces pour empêcher que les cacaoyers ne soient trop au soleil. C’est la seule solution que l’on ait à ce jour, c’est mieux, mais pas parfait. En plus de cela, le majeur problème persiste : la quantité de travail augmente mais pas les revenus. La production devrait augmenter au fil des années, mais l’on doit constamment remplacer les arbres morts, en plus d’ajouter de nouveaux plants.

Tu fais aussi partie de l’école du leadership des femmes de FAIRTRADE AFRICA, un programme qui vise à lutter contre les inégalités de genre en Côte d’Ivoire. Concrètement, qu’est-ce que ça change pour vous ?

Julienne et Renaud de FAIR[e] un monde équitable

Quand j’ai commencé à travailler avec mon mari dans les terres, je n’avais pas de salaire. Ce n’était pas un cas isolé, beaucoup pense que c’est normal de ne rien gagner quand on est une femme. Ça m’a révolté, puis j’ai appris que je pouvais réclamer les terres de ma famille; j’ai sauté sur l’occasion et je me suis mise à produire mon propre cacao. L’année dernière, à l’occasion de ma promotion au sein de ma coopérative, on m’a proposé de rejoindre le programme, j’ai tout de suite adhéré aux idées qui étaient transmises et j’ai eu envie à mon tour de m’engager pour toutes les femmes qui sont dans des situations alarmantes et très injustes. Nous sommes actuellement 19 femmes de ma coopérative à être formées, on prend conscience que l’on est importantes et que l’on peut aussi faire bouger les choses, faire changer les mentalités. Tous les mercredis, nous tenons un stand au marché, qui attire beaucoup de monde et qui permet de montrer l’importance de la place des femmes dans notre société qui est aujourd’hui beaucoup trop en retrait.

Pendant tes deux semaines en France, tu as pu rencontrer beaucoup d’étudiants pour leur parler de la coopérative, de l’impact du commerce équitable et de ta vie en tant que productrice. Qu’est ce que tu aimerais dire à tou.te.s ceux.celles qui n’ont pas pu être là ?

J’ai vraiment adoré venir jusqu’en France, pour rencontrer tant de personnes impliquées pour une consommation et un monde plus juste. Cela me confirme qu’à l’autre bout de la chaîne, des gens pensent à nous et veulent faire en sorte d’améliorer nos conditions de travail. Voir que tant de jeunes étudiants, notamment de Toulouse, de Nancy ou encore de Paris, sont prêts à changer leur consommation pour que ma communauté vive une vie meilleure, ça me permet de croire en ce que je fais, en mon implication dans ma coopérative. Je suis fière de représenter les producteur.rice.s, et j’espère que de plus en plus, les consommateur.rice.s vont prendre conscience que c’est à travers leur consommation qu’ils peuvent changer les choses. Les produits labellisés commerce équitable sont nombreux ici, d’ailleurs, à chaque fois que je rentrais dans un magasin, je regardais la provenance des produits chocolatés et labellisés équitables, je dois avouer être fière de voir afficher « Côte d’Ivoire » ! Alors dès que vous achetez du chocolat, pensez à regarder d’où il provient, c’est peut-être le mien !

Form’action à la Maison des Acteurs du Paris durable pour le programme Génération Equitable