Témoignages

Artisanat équitable pour un monde + uni

« Respect, dialogue, transparence, égalité entre acheteur-rice-s, vendeur-euse-s et artisan-e-s. Le commerce équitable rentre dans un tout qu’est l’égalité. »

Membre de FAIR[e] un monde équitable depuis sa création, Magalie Jauron est de ces exemples inspirants qui allie convictions personnelles et cohérence professionnelle. Après avoir parcouru l’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique à la découverte d’artisan-e-s et de traditions, Magalie a pensé et créé de toute pièce son entreprise aux valeurs hautement humaines et solidaires. Spécialisée dans les bijoux en matières naturelles et en matières recyclées, la marque MondUni propose une sélection unique d’accessoires fabriqués artisanalement par des organisations de commerce équitable en Afrique Australe (Swaziland, Afrique du Sud) et en Afrique de l’Est (Kenya). Magalie nous raconte les belles rencontres qui ont façonné son parcours d’entrepreneuse.

Salut Magalie ! Merci de partager ton engagement et tes convictions avec nous. Dis nous tout ! Le commerce équitable, comment ça a commencé pour toi ?

J’ai toujours su que je voulais être dans le commerce, notamment grâce à mes parents, tous deux commerçant-e-s. Quand on partait en vacances, je parlais déjà de faire des échanges avec d’autres pays, j’avais déjà l’idée d’aller voir ailleurs ! Si mon environnement familial m’a transmis cette envie de faire du commerce «proche des gens», mes études l’ont concrétisé. C’est en exposant sur le commerce équitable, lors du concours d’entrée dans mon école de commerce, que j’ai su que le commerce équitable était ce que je souhaitais faire. J’ai toujours gardé ces convictions et mon ambition, même dans cette école où ce concept de commerce alternatif était très peu connu !

Qu’en est-il de ton parcours professionnel, as-tu réussi à mettre en pratique tes convictions ?

Magalie rencontre un membre de Bawa au Kenya

Ma première approche professionnelle avec le commerce équitable était tant que stagiaire chez Boutic Ethic à Paris et Intermon Oxfam à Valence, en Espagne. J’ai pu y découvrir de l’artisanat d’Afrique, d’Asie, d’Amérique Latine… Mais je n’étais pas en contact direct avec les artisan-e-s. Après mes études, je cherchais un travail qui me permette d’avoir cette relation avec les producteur-rice-s, de travailler et valoriser les produits que j’aimais. Je n’ai pas immédiatement trouvé d’emploi dans le commerce équitable, j’étais alors Assistante chef de produits pour une marque qui ne véhiculait pas forcément mes convictions ! Je voulais tout de même faire vivre mes valeurs dans ce monde qui n’était pas le mien… Quand je proposais des idées de cadeaux pour nos offres promotionnelles, mes choix se portaient sur des marques éthiques comme La vie devant Soie, qui travaillait de la pure soie du Cambodge.

« On est parfois obligé de rentrer dans le moule de l’entreprise dans laquelle on est, mais on peut essayer d’apporter sa petite touche et de faire évoluer les mentalités. »

Tu as alors décidé de créer ton propre commerce, reflétant tes propres valeurs. Comment as-tu sauté le pas ? 

Communauté de 40 artisanes swazilandaises en tenues traditionnelles

En 2010, je suis partie seule avec mon sac à dos durant 7 mois, pour parcourir le monde et rencontrer des artisan-e-s équitables. Je voulais comprendre ce commerce par celles et ceux qui le font. D’ailleurs, certain-e-s artisan-e-s que j’ai rencontré-e-s ne savaient même pas ce qu’était le commerce équitable, et le pratiquaient sans même le savoir ! À mon retour en Europe, j’ai vécu à Barcelone où j’ai eu quelques difficultés à développer mon entreprise dans ce secteur, notamment à cause de la crise économique qui obligeait beaucoup de clients potentiels à fermer leurs boutiques. J’ai donc retrouvé un emploi dans le commerce conventionnel avant de repartir sur les routes d’Afrique, à la recherche de potentiels partenaires artisan-e-s. Après avoir rencontré plusieurs coopératives devenues mes partenaires actuelles, j’ai pu créer mon entreprise de commerce équitable, MondUni.

Raconte nous, c’est quoi MondUni ?

Bijoux fabriqués artisanalement au Swaziland

Je sélectionne toujours des matières naturelles environnantes, et/ou recyclées localement. La qualité des produits est extrêmement importante. Je questionne énormément la provenance de chaque matière utilisée par les artisan-e-s, pour que tout ait du sens. De plus, j’aime créer le lien entre les produits, les bijoux que j’aime, et les artisan-e-s à leurs origines. Nous sommes régulièrement en contact, car entretenir une relation continue et plus profonde avec elles et eux est important pour moi.

Concernant la vente, je réalise 30% de mon chiffre d’affaire avec des particuliers (site internet, boutiques éphémères, marchés) et 70% avec des boutiques en tant que grossiste. Je m’adresse à la fois à des boutiques équitables et à des boutiques «conventionnelles» car je souhaite que le commerce équitable soit de plus en plus en connu et surtout apprécié. Et cela passe par le produit (son originalité, son authenticité, ses matières…), le prix (accessible pour le client final tout en permettant à la boutique d’obtenir le même niveau de marge qu’un produit «conventionnel») et le service (livraison rapide et documentée avec des cartes produits et des photos des artisan-e-s). Je pense sincèrement que par les produits, nous arriverons à convaincre le plus grand nombre du bienfondé de la démarche. Enfin, je m’assure que la décomposition du prix soit la plus juste possible malgré les contraintes. Sur le prix de vente final d’un produit dans une boutique, 20% revient à l’état (TVA), environ 45% va à la boutique (c’est le taux de marge habituel en France), environ 4% servent au transport international, la douane, les frais bancaires, 15% restent à MondUni et les 16% restants sont versés au groupe d’artisan-e-s.

« Mon engagement va au-delà des commandes que je passe, je veux vraiment m’assurer que tout aille bien pour les artisan-e-s avec qui je travaille. »

Et ces artisan-e-s, qui sont ils/elles ?

Mduduzi et les 3 artisans de Lupondvo

Mduduzi Dlamini travaille artisanalement les os et les cornes de vaches, à travers sa marque Lupondvo créée en 2015, « corne » en swazilandais. Élevé dans une famille de fermiers, les os et les cornes de vaches étaient traditionnellement gardés dans la ferme, en mémoire de l’animal abattu. À travers son artisanat, Mduduzi rend à son tour hommage à sa famille et ses valeurs culturelles en travaillant une matière naturelle, dans le respect de l’animal. Je suis très fière de travailler avec lui ! MondUni a eu un impact assez conséquent pour son entreprise, il a notamment pu embauché 3 artisans pour travailler à ses côtés. Par ailleurs, je m’engage à l’accompagner dans sa démarche commerciale, pour l’aider à réaliser son catalogue, trouver des partenaires, élargir sa clientèle…

Une partie des artisanes de Umtha

Umtha est une organisation fondée dans les années 90 en Afrique du Sud. Victime de la crise économique, la coopérative avait perdu la majorité de ses salarié-e-s et s’apprêtait à vendre son commerce lors de notre rencontre en 2011. J’ai alors décidé de les « challenger » pour qu’ils/elles travaillent avec des produits locaux, de qualité, afin de bannir les composants chinois utilisés antérieurement dans leurs produits. Nous avons travaillé ensemble sur les nouveaux designs. En 2015, on s’est laissé-e surprendre par une première commande de 2000€, qui a renfloué la trésorerie et relancé le business ! Ils/elles ont commencé à réembaucher et soutiennent notamment les femmes et les mères célibataires vivant dans les bidonvilles de Cape Town.

Deux artisanes de Baobab Batik

Baobab Batik est une organisation de 35 femmes au Swaziland, produisant des étoles et des pièces de décoration artisanalement et traditionnellement. Tout a commencé par une femme nommée Els Hooft, originaire des Pays Bas. Vivant en Afrique de l’ouest, elle se rendait régulièrement au Swaziland avant de s’y installer et de transmettre son savoir-faire du Batik à quelques femmes swazilandaises. Le technique du Batik est un procédé d’impression par réserve avec de la cire, provenant traditionnellement d’Afrique de l’ouest et d’Indonésie.

Une partie des artisan-e-s de Creative Copper

Basée en Afrique du Sud, j’ai connu Creative Copper en achetant une bague en laiton, représentant un lion, que je portais tous les jours. J’étais souvent interrogée sur sa provenance, alors je suis retournée dans la boutique qui m’a redirigé vers cette coopérative.

 

« Je ne doute pas que, depuis 30 ans maintenant, nous avons redonné le pouvoir à tou-te-s nos salarié-e-s, qui peuvent vivre dans des logements décents, nourrir et donner une éducation à leurs familles. Certains enfants sont diplômés de l’Université et d’autres travaillent dans la comptabilité, avec notre soutien. »
Michael Bam, directeur général de Creative Copper.

Magalie tient une boutique MondUni à Guérande durant l’été, allez la rencontrer au 4 carrefour de la Psalette ! Vous pouvez aussi retrouver toutes ses sélections et découvrir d’autres artisan-e-s sur sa boutique en ligne www.monduni.fr.