Témoignages

Sur les traces du café en Ethiopie

Lors d’un voyage en Ethiopie, Elodie, chargée de communication et mobilisation du mouvement FAIR[e] un monde équitable, en a profité pour revenir aux origines de ce trésor de l’humanité, qui est aujourd’hui consommé par près de 2,5 milliards de consommateur-rice-s dans le monde, soit 255 kilos de café par seconde !

Si, pour vous, boire du café n’est qu’un geste machinal réalisé chaque matin pour vous sortir d’un état comateux, vous allez être plutôt étonné-e-s ! 

Le café en Ethiopie, entre tradition et modernité

Cérémonie du café à Yirgalem

En Ethiopie, la récolte des grains, la préparation, ainsi que la dégustation du breuvage renvoient à une tradition séculaire. Appelé « Buna » en amharique, la langue officielle de l’Ethiopie, le café répond à une cérémonie toute particulière. Dans les rues de Yirgalem ou dans les huttes traditionnelles des familles Sidamo, les grains de café vert fraîchement ramassés sont grillés sur un simple réchaud. Devenus noirs, ils exhalent alors une fumée exquise. Ils sont ensuite moulus grossièrement à l’aide d’un mortier et d’un pilon. Puis, le café et l’eau sont mélangés à l’intérieur d’une jebena, jarre noire traditionnelle en terre. Mieux vaut ne pas être pressé-e ! Pour nous faire patienter, quelques grains de pop-corn ou une galette faite à base d’encet, ce faux bananier. Une bonne dose de sucre est ajouté au café noir, parfois du tena adam (« rue » en français) une plante qui donne un goût caramélisé, et parfois même, si si, du sel !

Fait surprenant, peu de pays producteurs sont eux-mêmes consommateurs de café. L’Ethiopie est un cas à part, où il fait l’objet d’une tradition culturelle ancestrale. C’est aussi une valeur économique essentielle, puisque le café est la 1ère source d’exportation. L’Ethiopie est ainsi le premier producteur africain de café et le troisième fournisseur mondial d’arabica !

Derrière ce simple breuvage se cache pourtant une réalité plus complexe. Pays encore très agricole, en Ethiopie, le secteur emploie 80 % de la population active et représente 45 % du PIB (90 % des exportations !), et pourtant, ce sont 40 % de la population qui souffre de sous-alimentation (plaçant l’Éthiopie au 4ème rang mondial pour le nombre de personnes sous-alimentées après l’Inde, la Chine et le Pakistan).

Et le commerce équitable dans tout ça ?

Le café est certainement le produit phare du commerce équitable : on fête cette année le 25ème anniversaire du 1er paquet labellisé en France !

Nekemte Melaku et Elodie Nace dans les bureaux de l’OCFCU

Ca tombait plutôt bien pour rencontrer Nekemte Melaku, responsable commerciale à l’Union de coopératives Oromia (OCFCU), la plus grande d’Ethiopie. Fondée en 1999 avec 34 coopératives, elle en rassemble aujourd’hui 405, qui représentent plus de 370 000 membres au total. « Notre objectif principal est de trouver des débouchés au café des producteur-rice-s pour leur permettre de vendre leur production à un prix juste et d’obtenir de meilleurs revenus. A l’époque de la création de l’Union, le marché du café était en pleine crise, les prix au plus bas et il était difficile de garantir un prix stable aux producteur-rice-s et même un accès aux denrées de base » raconte Nekemte. Dans un secteur côté en Bourse, dur pour les petit-e-s producteur-rice-s (en moyenne 0,5 à 2 hectares) de s’y retrouver. Se regrouper en une union leur permet d’être plus fort-e-s et de peser davantage pour obtenir des conditions commerciales équitables.

« En 2003, nous avons commencé à exporter nous-même notre café. Depuis, nous avons établi des relations directes et de long terme avec nos acheteurs (aux Etats-Unis, Europe, Asie et Afrique du Sud), nous participons à des expositions ou foires internationales pour mettre en valeur le café de nos petit-e-s producteur-rice-s. Et, en 2004, nous sommes devenues la 1ère organisation certifiée Fairtrade/Max Havelaar d’Ethiopie !  Au début, la certification Fairtrade était un challenge pour les producteur-rice-s, qui y voyaient un certain nombre de critères contraignants à remplir. Mais maintenant, c’est clairement devenu une habitude ! »

Diplômée en comptabilité, Nekemte Melaku a commencé à travailler à OCFCU en décembre 2003 « J’ai vu tellement de changement ! » se réjouit-elle. « La prime de développement nous a permis de mener à bien de nombreux projets, en investissant dans les infrastructures productives (des stations de lavage et des machines dépulpeuses de café), ce qui nous permet d’améliorer les étapes de transformation du café et donc la qualité finale du produit. Et puis, elle nous a surtout permis de développer des projets sociaux : faire construire 70 écoles, 5 résidences de professeurs, 10 cliniques, des systèmes de toilettes sèches… Mais aussi de proposer des formations aux producteur-rice-s et de mettre en place des projets de diversification agricole, comme l’implantation de ruches par exemple. Nous avons également mis en place des partenariats avec des ONGs comme avec Solidaridad pour un programme de microfinance ou sur la question du genre, pour valoriser le travail des femmes. Nous faisons également parti du projet « Café Neutre en charbon » qui vise à distribuer des réchauds économes en énergie pour faire baisser la consommation de bois au sein des foyers, limiter la déforestation et améliorer la qualité des cultures de café. »

Et ce n’est pas tout ! L’Union se lance de nouveaux défis : « nous souhaitons également apporter de la valeur ajoutée, en réalisant nous-même les étapes de toastage et broyage des grains de café. Nous avons aussi l’ambition de vendre notre café sur le marché local et d’avoir notre propre usine de production de jute – vous savez pour la réalisation des sacs pour transporter le café ! »

Un message à ramener en France ? « Vous savez, le café Fairtrade impacte positivement nos vies. Les consommateur-rice-s européen-ne-s doivent prendre conscience qu’elles-ils peuvent faire vraiment la différence en achetant du café certifié » conclue-t-elle. « Et pour garantir de meilleures conditions de vies aux producteur-rice-s, nous avons besoin que les consommateur-rice-s soient plus conscient-e-s de l’impact positif du commerce équitable pour les producteur-rice-s ! »

Photos : Magali Pialat (sauf café Ethiquable)

Pour trouver du café d’Ethiopie produit par OCFCU, c’est par exemple chez Ethiquable !

 

 

 

Sources :