Témoignages

Changez la vie avec un café – 2ème partie

A l’instar de Mildred Niebles, Vicente Ramirez, producteur de café en Colombie, était l’invité du Fairtrade Tour 2017, co-organisé par FAIR[e] un monde équitable et Max Havelaar France. Sa coopérative, la Cooperativa de Caficultores de Anserma, fondée en 1967 par 16 agriculteurs du nord-ouest de la Colombie, est certifiée Fairtrade/Max Havelaar depuis 2004 et regroupe aujourd’hui plus de 2 000 producteurs et productrices de 5 villages de la région. Tout comme Mildred, il nous raconte lui aussi comment le commerce équitable a changé la vie de sa coopérative et lance un appel aux consommateur-rice-s français-e-s. 

Bonjour Vicente ! Vous avez en quelque sorte grandi au sein même de la coopérative d’Anserma, pouvez-vous nous raconter votre histoire ?
Mon grand-père était l’un des membres fondateurs de la coopérative, j’ai donc hérité de ses terres et de sa passion pour la culture du café. Pour moi, l’histoire de la coopérative se résume en deux parties : une avant et une après Fairtrade/Max Havelaar. Le commerce équitable a changé la vie de tou-te-s les producteur-rice-s membres de la coopérative, et nous a permis de développer quatre secteurs primordiaux : l’éducation, la santé, le social et l’environnemental.

Anniversaire des 50 ans de la coopérative

A titre d’exemples, nous travaillons en lien avec le SENA (Service National d’Apprentissage) et les universités de la région pour rapprocher les étudiant-e-s et les producteur-rice-s. Nous organisons des formations gratuites et accessibles pour tou-te-s, entre autres pour promouvoir l’égalité des genres ou pour former à des pratiques agricoles durables. Nous avons aussi développé un projet de traitement des eaux en partenariat avec les mairies des 5 villages de la coopérative. Tous les programmes sont liés et bénéficient les uns des autres, ce qui nous permet d’améliorer la qualité de vie des producteur-rice-s ainsi que notre production.

La coopérative bénéficie maintenant de son propre exportateur de café à l’international : Expo Café. Pourquoi était-ce important pour les producteur-rice-s de développer ce projet ?
Pendant très longtemps, la Fédération Nationale des Caféiculteurs de Colombie détenait le monopole des exportations de café et achetait 90% de la production totale de café colombien. La Fédération est donc très vite devenue le plus grand groupe économique de Colombie grâce au commerce international du café. Seulement les producteur-rice-s n’étaient pas rémunéré-e-s correctement et devaient respecter les règles que la Fédération leur imposait. Alors, 34 coopératives de petit-e-s producteur-rice-s, désireuses de gagner en autonomie, ont décidé de se rassembler pour proposer une alternative, Expo Café, qui joue le même rôle d’exportateur à l’international, mais qui inclue les producteur-rice-s dans les prises de décision.

Les producteur-rice-s d’Anserma

Désormais, seulement 30% de la production de café colombien est achetée par la Fédération. Expo Café est un outil supplémentaire pour nous permettre d’exporter nos produits à un prix plus juste et dans de meilleures conditions de vente, avec moins d’intermédiaire. Ce qui nous a donné l’opportunité d’investir dans des machines de production, afin de pouvoir vendre directement le produit fini de notre café de qualité. Et c’est clairement grâce au commerce équitable, qui nous a donné l’autonomie économique pour reprendre le pouvoir en tant que producteur !

Interview de Vicente à la torréfaction de Brocéliande

Votre coopérative rassemble 2239 petit-e-s producteur-rice-s au total, dont 1530 hommes et 709 femmes. Quelle place occupent ces productrices ? 
C’est vrai que la Colombie est un pays assez machiste, mais l’égalité des genres est tout de même en évolution et occupe une place très importante au sein de notre coopérative. Pour y être reconnu-e en tant que membre, il faut impérativement être propriétaire de ses terres. Les 709 femmes membres de la coopérative sont donc propriétaires de leurs terres, soit parce qu’elles les ont acheté, soit parce qu’elle les ont hérité de leurs parents ou de leurs maris.

Les productrices de « Café Mujer »

Par ailleurs, dans un couple marié, chacun-e possède 50% du terrain. Nous tenons à faciliter l’insertion des femmes et nous le faisons notamment grâce à la prime de développement. Par exemple, nous avons pu développer notre marque de café équitable produit et vendu exclusivement par 80 productrices, Café Mujer.

Pourquoi un-e consommateur-rice devrait-il-elle faire le choix du café équitable ?
Lorsque le-la consommateur-rice achète un café issu du commerce équitable, il-elle connaît son origine, par quel-le producteur-rice, quelle coopérative et dans quelle région il a été produit. Les intermédiaires sont réduits et le lien est donc plus direct entre les producteur-rice-s et les consommateur-rice-s. C’est la différence avec le café issu du commerce conventionnel, car toutes sortes de café sont mélangées peu importe leur qualité. Le-la consommateur-rice n’a alors aucune garantie de l’origine et de l’histoire du café qu’il-elle consomme ! Pour moi, le plus important, c’est qu’à travers la consommation de café équitable, les consommateur-rice-s aident à l’amélioration de la qualité du café. Pour tout achat de nos produits aux conditions du label Fairtrade/Max Havelaar, les acheteurs versent directement à notre coopérative une prime de développement, afin d’améliorer la qualité de vie des producteur-rice-s ainsi que leurs revenus. Ce qui entraîne une meilleure efficacité de production, ainsi qu’une qualité optimale de nos produits. Aujourd’hui notre café est reconnu d’excellente qualité, et en tant que producteur, c’est une grande fierté !

L’équipe de la FAIRzone de Bordeaux