Témoignages

Changez la vie avec un café

À l’occasion du Fairtrade Tour 2017, co-organisé par Max Havelaar France et FAIR[e] un monde équitable, Mildred Niebles, productrice de café équitable de Colombie et membre de la coopérative Red Ecolsierra, est venue rencontrer les consommateur-rice-s français-e-s et témoigner de l’impact concret du commerce équitable pour sa communauté. 

Bonjour Mildred ! Merci d’avoir fait tout ce chemin depuis la Colombie pour participer au Fairtrade Tour 2017 ! Vous étiez membre de la coopérative Red Ecolsierra avant la certification Fairtrade/Max Havelaar en 2002, qu’est-ce qui a changé pour vous depuis ?
La coopérative Red Ecolsierra a été fondée en 1977 par 71 caféiculteurs avec l’ambition de produire un café biologique, plus respectueux de l’environnement. Nous étions donc déjà habitué-e-s à produire du bio avant d’obtenir le label. Grâce à Fairtrade/Max Havelaar, chaque coopérative reçoit une prime de développement versée directement par ses acheteurs. À Red Ecolsierra, cette prime nous a notamment permis d’investir dans de meilleurs outils de production, respectant davantage notre environnement et améliorant la qualité de notre café. Par exemple, nous avons pu investir dans des machines de torréfaction afin d’élaborer notre propre marque de café local, Café Tima. Aujourd’hui ce café est l’un des seuls certifiés Fairtrade à être produit et vendu sur le marché intérieur de Colombie. La prime permet aussi le développement social de notre communauté, les salaires des producteur-rice-s se sont améliorés et sont désormais plus élevés que ceux qui ne sont pas certifié-e-s. Nous avons donc des meilleurs logements et infrastructures.

Le choix de l’agriculture biologique était un élément clé de la fondation de la coopérative en 1997, pourquoi ce choix était déjà important à l’époque et l’est-il encore plus aujourd’hui ?
Nos champs de production de café sont situés entre 900m et 1300m d’altitude dans la Sierra NevadaLe bio était donc primordial car nous voulions préserver cet espace naturel. Nous avons appris à pratiquer la polyculture, et nous avons dû changer certains moyens de production afin d’évoluer vers des intrants plus naturels. Aujourd’hui, le bio nous permet également de lutter contre certains phénomènes du réchauffement climatique, comme la rouille, une maladie qui affecte nos plantes, et certains insectes qui perforent nos graines de café, en utilisant des phéromones bio et en s’approvisionnant en plantes biologiques plus résistantes.

Mildred et Valeria de Max Havelaar France à Marseille

La coopérative dont vous faites partie est composée de 414 membres au total, dont seulement 93 sont des femmes. Pouvez-vous nous en dire plus sur la place qu’occupent les productrices ?
Culturellement, le machisme a toujours été très présent en Colombie. Au sein des familles de producteur-rice-s de Red Ecolsierra, ce sont généralement les hommes qui ont la responsabilité des terres et qui sont donc membres de la coopérative. Les 93 femmes membres sont des productrices célibataires et mères de famille. J’ai moi-même commencé à cultiver le café avant d’évoluer en tant que responsable de contrôle de qualité du café, et chargée du suivi de la certification Fairtrade/Max Havelaar, au siège de la coopérative où je travaille actuellement. Nous mettons en place des projets de développement social pour valoriser le travail des femmes et leur accès à la propriété.

Ludwig de Max Havelaar France, Élodie de FAIR[e] un monde équitable, Mildred et Pilar de Colecosol Lorraine

Vous nous avez fait le plaisir d’être présente aux événements du Fairtrade Tour à Marseille et à Nancy, quel message vouliez-vous adresser aux consommateur-rice-s lors de vos rencontres ?
Avant je ne savais pas ce qu’était la vie en dehors des champs et aujourd’hui je traverse le monde pour témoigner de mon expérience ! Je suis mère célibataire de 3 enfants, c’est le commerce équitable qui m’a ouvert beaucoup de portes et qui m’a permis de donner une éducation à mes enfants. J’étais très heureuse de participer au Fairtrade Tour et de pouvoir partager mon histoire avec le public français, qui était très intéressé et m’a posé beaucoup de questions. Je pense que les consommateur-rice-s jouent un rôle primordial grâce à leur pouvoir d’achat, car s’ils-elles arrêtent d’acheter des produits équitables, ce sont les acheteurs qui cesseront de les redistribuer. C’est donc important de se renseigner sur les produits qu’on achète et leur sens social, savoir quelle histoire, quelles conditions et quelle famille se cache derrière chaque produit, afin de valoriser le travail des producteur-rice-s. Alors, la prochaine fois que vous commandez un café dans un bar, demandez au/à la serveur-euse d’où il vient !

L’équipe de la FAIRzone de Marseille