Témoignages

Du karité équitable avec la fédération Nununa

À l’occasion de la Quinzaine du Commerce Équitable 2017, nous avons rencontré Maïmounata Aouba, directrice de la fédération Nununa, au Burkina Faso, invitée par la Plate-Forme pour le Commerce Équitable (PFCE) pour parler du Programme Équité. La fédération Nununa est une coopérative de productrices de beurre de karité et de sésame, qui intervient dans les provinces de la Sissili et du Ziro, dans le sud-ouest du Burkina Faso. Elle a pour mission de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de ces Burkinabées en milieu rural, en renforçant leurs compétences, leurs capacités de production et en recherchant des marchés rémunérateurs. Découvrez avec nous l’activité de Nununa et le travail des productrices !

Le karité est une baie charnue qui renferme une, voire deux amandes dures (comparable à un noyau d’avocat), d’une teinte blanchâtre entourée(s) d’une coque mince et de pulpe. Il pousse dans les savanes arborées d’Afrique de l’Ouest. Le karité sert à la fabrication de beurre de karité, qui, en Afrique de l’Ouest, est utilisé pour l’alimentation, la santé, la beauté, les rituels sacrés…

Bonjour Maïmounata. Nous sommes très heureux-ses de vous rencontrer aujourd’hui. Nous sommes très intéressé-e-s par ce que fait votre coopérative. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’activité de Nununa ?
Les productrices de notre coopérative collectent le karité et le transforment. 200 tonnes de karité bio et équitable sont produites par an.  Le parc à karité est certifié biologique. Nununa produit également un peu de sésame (qui lui n’est pas certifié équitable). Nous avons plusieurs partenaires et notamment des clients français, comme l’Occitane ou bien Sofim. Mais nous n’exportons pas tout, puisque le karité est un produit très utilisé au Burkina Faso : il sert pour la fabrication de cosmétiques, de produits pour la cuisine, mais aussi de médicaments.

Qui sont les productrices de Nununa ? Quel est le rôle de la femme dans la production du karité au Burkina Faso ?

Au Burkina Faso, de nombreuses exploitations de karité sont très éloignées les unes des autres, ce qui participe à l’isolement des productrices. C’est pour cette raison que la fédération Nununa a décidé de les regrouper en une seule et même coopérative. En 2001, Nununa regroupait 600 femmes. Elles sont aujourd’hui 5 000. La plupart d’entre elles travaillent dans des productions familiales. Si ce ne sont que des femmes, c’est parce qu’au Burkina Faso, les hommes travaillent davantage dans la transformation du karité et les femmes le produisent.

Les primes de développement, destinées au financement et au développement de projets collectifs, sont primordiales dans le commerce équitable. Qu’est-ce que les primes de développement changent pour ces productrices ?
Tout d’abord, ces primes permettent l’alphabétisation des femmes. Au Burkina Faso, les femmes sont en majorité analphabètes et c’est donc un enjeu majeur de pouvoir apprendre à lire et à écrire. C’est possible avec le commerce équitable, car, grâce à cette prime, Nununa peut proposer des cours d’alphabétisation. La prime permet également le développement de la mécanisation (passage à la semi-mécanisation), ce qui aide beaucoup les productrices. Beaucoup de tâches sont très pénibles et très longues. Cela permet d’augmenter la productivité et de diminuer la pénibilité et donc de mieux rémunérer ces femmes. Cette mécanisation est mise en place avec les artisans locaux. Et enfin, la prime de développement aide à la préservation de l’environnement. Notre activité nécessite beaucoup de bois pour produire de l’énergie mais, grâce à la prime, nous utilisons maintenant la pyrolyse : nous utilisons deux tiers des résidus utilisés pendant le barattage pour faire de l’énergie.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?
La plus grande difficulté à gérer est la pression foncière, relative à l’exploitation, à la terre en elle-même. Nous avons besoin de préserver les arbres à karité face à cette pression. C’est pour cette raison que nous devons clôturer les parcs et avoir un droit d’exploitation (puisqu’il n’est pas possible de devenir propriétaire). La population, les chefs de tribus, les représentants des mairies et des membres de Nununa se rassemblent souvent, pour échanger et mettre en place des cahiers des charges d’exploitation. Nous nous devons également de respecter la biodiversité et la pression foncière ne rend pas toujours les choses faciles. C’est pour cela que nous sommes aujourd’hui en pourparlers avec la CAF (cellule d’aménagement foncier).

Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Nous avons pour projet d’ouvrir des centres de traitement des noix mais également de centraliser et rendre plus facile le séchage des amandes, puisque, jusqu’à présent, chaque femme le fait chez elle.

Pouvez-vous nous parler du Programme Équité et de votre projet financé dans le cadre de ce programme ?
Le Programme Équité est un programme de développement du commerce équitable en Afrique de l’Ouest. Ce programme, c’est 19 projets sélectionnés et 3 plateformes nationales de commerce équitable (Ghana, Côte d’Ivoire et Burkina Faso).
Notre projet, financé dans le cadre de ce programme, vise à renforcer et sécuriser l’accès des femmes de la Fédération Nununa à la ressource du karité tout en préservant la biodiversité. Il y aura beaucoup d’actions de sensibilisation et de plaidoyer. Ensuite, il nous faudra trouver un fournisseur pour les emballages. Et enfin, nous voulons avoir accès à d’autres débouchés commerciaux. Pour le moment, 80% de notre chiffre d’affaires dépend de l’Occitane en Provence. Aujourd’hui, nous souhaitons avoir davantage de partenaires commerciaux.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur le Programme Équité, rendez-vous sur son site : « Commerce équitable & biodiversité : pour des filières d’avenir en Afrique de l’Ouest ! »