Actualités

Cacao, le marché qui choque !

Du 28 octobre au 1er novembre, s’est tenu le 22e Salon du chocolat au Parc des Expositions de Paris. Cinq jours entiers de gourmandise, une bonne occasion pour rencontrer tou-te-s ces faiseurs-euses de bonheur que sont les chocolatiers-ères, les pâtissiers-ères, les confiseurs-euses et d’en apprendre un peu plus sur le monde merveilleux du chocolat !

Mais le Salon a également été l’occasion de rencontrer des producteur-rice-s et de s’intéresser à cette matière première composante essentielle à notre plaisir chocolaté : le cacao. Denrée fortement lucrative, on se l’arrache à prix d’or (brun) sur le marché, c’est également un des produits phares du commerce équitable lequel, depuis ses débuts, dénonce la face sombre du marché du chocolat.

Chiffres clés :

  • 95% des producteur-rice-s de cacao travaillent dans des petites exploitations familiales
  • 40 millions de personnes dépendent de la culture du cacao pour vivre. La majorité des producteur-rice-s de cacao africains vit en-dessous du seuil de pauvreté
  • 250 000 enfants sont exploité-e-s dans la production de cacao en Côte d’Ivoire
  • 167 000 producteur-rice-s sont certifié-e-s par le label Fairtrade / Max Havelaar
    (source : Max Havelaar France)

Le chocolat, produit transformé du cacao, est resté pendant longtemps un produit de luxe. En France, il a aujourd’hui été rendu accessible à tou-te-s : 83% des Français-es reconnaissent en manger au moins une fois par semaine selon une étude réalisée par les chocolatiers-ères de France.

Mais cette forte augmentation ne profite pas à tout le monde ; alors que les industriels et distributeurs voient leurs chiffres d’affaire exploser, les petit-e-s producteur-rice-s attendent toujours une amélioration de leur situation.

Un rapport de force inégal qui pose problème

Pour assurer des prix compétitifs tout en restant rentables, les grand-e-s acteur-rice-s du marché du chocolat mettent la pression sur les producteurs de cacao. C’est dans un rapport de force très inégal que se fait la négociation :

D’un côté, de grands groupes de négociants et d’industriels (les cinq principaux transformateurs de fèves détiennent 81% du marché !!!) disposant d’un fort panel de producteur-rice-s et d’informations ultra précises. De l’autre des petit-e-s producteur-rice-s (les 5 millions de producteur-rice-s de cacao vivent pour la plupart sous le seuil de pauvreté !) souvent isolé-e-s, ayant peu d’options de vente, avec peu ou pas d’accès à l’information. Résultat : le négociant impose ses prix d’achat, souvent très bas et le-la producteur-trice se retrouve à vendre sans pouvoir tirer de bénéfices et souvent même à perte.

Bien que la côte du cacao ait explosée en bourse ces dernières années, les petits producteurs n’ont pas vu leurs revenus augmenter.

Pour continuer à vivre sans abandonner leur exploitation, les producteurs de cacao sont donc obligés de continuer à produire le plus possible et le plus vite possible, et tous les moyens sont bons : utilisation d’engrais chimiques et de pesticides, déforestation massive (80% de la forêt ivoirienne a ainsi disparu depuis les années 60, notamment à cause du cacao1), travail des enfants, monoculture.

Toutes ces solutions de court terme participent en fait paradoxalement à leur appauvrissement : épuisement des sols, perte de biodiversité, vulnérabilité face aux fluctuations du marché, insécurité alimentaire due à l’absence de cultures vivrières annexes, perte de capital humain (les enfants ne vont plus à l’école)… De plus, ces impacts négatifs se traduisent en coûts cachés pour le pays, c’est-à-dire des coûts non pris en charge par les structures qui en sont à l’origine et laissés à la charge des populations locales : par exemple, pour un euro de valeur créée, la filière cacao-chocolat génère 77 centimes de coûts sociétaux en Côte d’Ivoire et 37 centimes de coûts au Pérou.

À terme, le constat est catastrophique et la situation s’aggrave.

Que propose le commerce équitable face à ces problèmes ?

Tout d’abord, le but du commerce équitable est de stabiliser et sécuriser les producteur-rice-s face au marché. En garantissant un prix minimum d’achat, un partenariat sur le long terme et en payant en amont une partie de la commande, le commerce équitable sort les producteur-rice-s de l’urgence.

Mais le commerce équitable n’est pas un soin palliatif : en consacrant une partie des financement et des bénéfices au développement, il aide les  producteur-rice-s à moderniser leur exploitation, à sortir de la monoculture et à renforcer les coopératives locales et les associations de petit-e-s producteur-rice-s, pour les rendre à terme plus aptes à l’autonomie et à la négociation sur le marché. De plus, l’investissement dans des techniques durables et la transition vers une production biologique est encouragée.

Le commerce équitable reste également intransigeant sur la transparence des actions menées et sur la traçabilité du produit, ainsi que sur la qualité de celui-ci. Pour les consommateur-rice-s, acheter équitable n’est donc pas qu’un geste de charité, c’est aussi l’assurance d’avoir un produit de qualité et dont ils-elles maîtrisent la provenance.

Dans ce cas, tout va bien ?

Non, pas encore. Selon l’étude effectuée par le Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne (BASIC) en mai 2016, bien que le commerce équitable aide à rétablir la balance, le problème n’est pas résolu. En effet, le mouvement doit pouvoir se reposer sur une dynamique coopérative, une rémunération suffisante des producteur-rice-s et des pratiques agricoles durables, conditions qui ne sont pas encore remplies partout. Le commerce équitable contribue à diminuer les impacts sociétaux négatifs mais ne peut pas les annuler encore complètement. Il devient nécessaire de mettre les autres acteur-rice-s de la filière face à leurs responsabilités. De plus, la filière cacao/chocolat pose un problème structurel : la multiplicité des acteur-rice-s et des intermédiaires (producteur-rice-s, coopératives, négociant-e-s, transformateurs-trices, fabricant-e-s, distributeurs) permet au modèle en place de bénéficier d’une certaine force d’inertie face au changement. Enfin, bien qu’en progression constante, la part équitable de la production de cacao reste pour l’instant marginale.

À noter que les certifications durables, lancées par certain-e-s grand-es acteur-rice-s du marché du chocolat, peuvent laisser sceptique : selon le BASIC, celles-ci n’ont que peu d’impacts sur la déforestation, le travail des enfants et le recours aux intrants chimiques, trois enjeux majeurs de la filière cacao. Se basant sur l’augmentation du rendement, on peut paradoxalement se poser des questions sur la durabilité de ces systèmes.

On est d’accord, on n’est pas prêt-e de se priver de notre carré de chocolat au goûter. Mais il est possible d’allier le plaisir à l’utile et à l’éthique avec un simple geste : privilégier le carré de chocolat équitable. Le mouvement n’est pas encore assez fort pour bousculer les grandes firmes multinationales, mais il ne lui suffit que d’un appui pour faire basculer la balance : le vôtre.

1 M. Koné, Y. L. Kouadio, D. F. R. Neuba, D. F. Malan et L. Coulibaly, « Évolution de la couverture forestière de la Côte d’Ivoire des années 1960 au début du 21e siècle », Innovative Space of Scientific Research Journals, vol. 7 no. 2 Août 2014.

Laissez un commentaire